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Analyse de contenu

Puisque le comportement informe peu, on peut analyser ce qui est dit. Trois familles de méthodes existent. Elles n'ont pas du tout le même statut scientifique, et les confondre est une erreur courante.


CBCA et l'évaluation de la validité de la déclaration

Origine

Le CBCA (Criteria-Based Content Analysis) est issu des travaux allemands d'Udo Undeutsch dans les années 1950-60, dans le contexte de l'évaluation des témoignages d'enfants dans les affaires d'abus sexuel.

Il s'inscrit dans un ensemble plus large, le SVA (Statement Validity Assessment), qui comprend trois composantes : un entretien semi-structuré, le codage CBCA, et une liste de vérification de validité.

L'hypothèse de départ, dite hypothèse d'Undeutsch : une déclaration fondée sur un souvenir vécu diffère qualitativement, dans son contenu, d'une déclaration inventée.

Les critères

Le CBCA comporte dix-neuf critères, regroupés en cinq catégories. Les principaux :

Catégorie Exemples de critères
Structure générale Structure logique ; production non structurée ; quantité de détails
Contenu spécifique Ancrage contextuel ; description d'interactions ; reproduction de conversations ; complications inattendues
Particularités du contenu Détails inhabituels ; détails superflus ; détails mal compris rapportés fidèlement ; associations externes
État mental État mental subjectif ; attribution d'un état mental à l'auteur
Éléments spécifiques à l'infraction Détails caractéristiques de ce type de fait

Deux critères méritent d'être soulignés.

Les détails superflus. Un souvenir vécu contient des éléments inutiles au récit — ce qu'il y avait à la radio, une odeur, un objet sans rapport. Un récit inventé est économe : chaque détail est un coût de production.

Les détails mal compris rapportés fidèlement. Un enfant qui décrit précisément un acte dont il ne comprend pas la nature produit un indicateur fort : il rapporte sans interpréter, ce qu'on ne peut pas faire à partir d'un récit inventé.

La production non structurée. Un souvenir authentique est raconté dans le désordre, avec des retours en arrière et des digressions. Un récit préparé suit un ordre chronologique propre — parce qu'il a été composé.

Statut scientifique

Nuancé, et il faut être précis.

Ce qui est établi : les critères CBCA distinguent les récits véridiques des récits inventés à un taux supérieur au hasard. Les revues situent généralement l'exactitude de classification autour de 70 %, avec une forte variabilité selon les études.

Ce qui pose problème :

  • le codage exige une formation lourde et l'accord entre codeurs est variable ;
  • les critères sont sensibles à l'âge, aux capacités verbales et à l'intelligence : un adulte cultivé produit spontanément plus de critères CBCA qu'un enfant, indépendamment de la véracité ;
  • une déclaration répétée ou préparée acquiert des caractéristiques ressemblant à celles d'un récit vécu ;
  • le taux de faux positifs est trop élevé pour un usage probatoire.

Usage réel : le SVA est admis, avec des réserves, devant certaines juridictions germanophones et néerlandophones. Il est très largement rejeté ailleurs comme preuve autonome.

Le point critique

Le CBCA n'établit pas qu'une déclaration est vraie. Au mieux, il évalue si elle ressemble à une déclaration fondée sur un souvenir vécu. Une personne verbalement habile peut produire un récit riche en critères CBCA sans avoir rien vécu.


L'approche par la vérifiabilité

Le principe

Développée par Galit Nahari, Aldert Vrij et Ronald Fisher. Elle repose sur un raisonnement stratégique élégant.

Un menteur est pris dans un dilemme :

  • s'il donne peu de détails, son récit paraît pauvre et donc suspect ;
  • s'il donne beaucoup de détails vérifiables, il s'expose à une vérification qui le confondra.

Sa stratégie optimale est donc de fournir beaucoup de détails invérifiables : « je me promenais seul », « je n'ai croisé personne », « j'ai réfléchi ».

Un sincère n'a pas ce dilemme. Il fournit ce qu'il a, y compris du vérifiable.

La mesure

On code chaque détail comme vérifiable ou non.

Est vérifiable un détail impliquant : une transaction tracée, une communication enregistrée, une caméra, un témoin nommé et identifiable, un document.

N'est pas vérifiable un détail portant sur un état interne, une activité solitaire non tracée, une personne non identifiable.

Deux mesures : la fréquence de détails vérifiables, et le rapport vérifiables / total.

Le protocole d'information

Une variante importante : prévenir explicitement la personne, avant le récit, que les détails vérifiables seront vérifiés et qu'un récit riche en éléments vérifiables sera jugé plus crédible.

Cette instruction pousse les sincères à en fournir davantage — ils n'ont rien à craindre — et laisse les menteurs coincés, puisqu'ils ne peuvent pas en fabriquer sans risque.

Résultats

La méta-analyse donne des tailles d'effet modérées : \(g = 0{,}42\) pour la fréquence de détails vérifiables et \(g = 0{,}49\) pour le rapport.1

L'avertissement de réplication

Une réplication directe préenregistrée de la condition « protocole d'information » de Nahari, Vrij & Fisher (2014) trouve un effet de \(d = 0{,}49\), soit moins de la moitié de l'effet original de \(d = 1{,}14\).2

C'est un cas exemplaire de ce que le guide répète : les effets originaux surestiment généralement les effets réels. La méthode reste utile ; sa puissance annoncée ne l'est pas.

Pourquoi c'est intéressant malgré tout

L'approche par la vérifiabilité produit un sous-produit précieux : une liste d'éléments à vérifier. Même si le score de vérifiabilité n'était pas discriminant, l'entretien aurait généré du matériau d'enquête exploitable.

C'est la propriété que n'a aucune méthode comportementale : elle produit du travail, pas seulement un jugement.


SCAN — le contre-exemple

Le SCAN (Scientific Content Analysis) est présenté comme une méthode d'analyse de déclarations écrites, fondée sur des indicateurs tels que les changements de pronom, les ruptures de chronologie, les « lacunes » temporelles ou les changements de vocabulaire.

Bogaard, Meijer, Vrij & Merckelbach (2016) ont testé sa capacité de classification sur 117 participants ayant chacun rédigé une déclaration véridique et une déclaration fabriquée :3

Catégorie Correctement classée
Menteurs 49,60 %
Sincères 53,00 %

Le niveau du hasard. Les auteurs concluent que son application sous sa forme actuelle devrait être découragée.

Pourquoi SCAN circule quand même

Il est simple, applicable à un document écrit sans entretien, rapide, et il produit un résultat qui a l'air technique. Il est enseigné dans des services de police et des cabinets d'audit.

Le contraste avec CBCA est instructif : les deux ressemblent à de l'analyse de contenu, l'un a un support empirique partiel, l'autre aucun. La ressemblance de surface ne garantit rien.


Comparaison des trois méthodes

CBCA / SVA Vérifiabilité SCAN
Support empirique Partiel Modéré, avec réplication faible Aucun
Exactitude rapportée ~70 % \(g \approx 0{,}45\) Niveau du hasard
Formation requise Lourde Légère Légère
Sensible aux capacités verbales Fortement Moins Inconnu
Produit du matériau d'enquête Non Oui Non
Recommandé Avec réserves Oui, sans surestimer Non

Ce que vous pouvez en tirer sans être enquêteur

Trois observations transposables à toute évaluation d'un récit — commercial, professionnel, personnel.

Le rapport vérifiable / invérifiable. Une proposition commerciale riche en affirmations invérifiables et pauvre en éléments contrôlables est un signal — le même que celui exploité par l'approche par la vérifiabilité.

Les détails superflus. Un récit vécu en contient. Un récit construit est trop propre.

La structure trop nette. Une chronologie parfaite, sans digression ni retour en arrière, sur un événement ancien, est anormale. Les souvenirs authentiques sont désordonnés.

Toutes trois sont des hypothèses, pas des verdicts. La règle du guide tient ici comme ailleurs.


À retenir

L'essentiel de ce chapitre

  • CBCA/SVA : 19 critères, ~70 % d'exactitude, mais très sensible aux capacités verbales et à l'âge. Admis avec réserves dans certaines juridictions.
  • Critères les plus intéressants : détails superflus, détails mal compris rapportés fidèlement, production non structurée.
  • Vérifiabilité : le menteur préfère les détails invérifiables. Effet modéré (\(g \approx 0{,}45\)), et une réplication trouve moins de la moitié de l'effet original.
  • Avantage propre de la vérifiabilité : elle produit une liste d'éléments à vérifier.
  • SCAN : au niveau du hasard. À écarter.
  • La ressemblance de surface entre méthodes ne dit rien de leur validité.

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