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PEACE et l'entretien d'enquête

L'origine

Au Royaume-Uni, dans les années 1970-80, une série d'erreurs judiciaires retentissantes — impliquant des aveux obtenus sous pression et ultérieurement invalidés — conduit à une refonte du cadre légal (le Police and Criminal Evidence Act de 1984, dit PACE) puis, au début des années 1990, à la conception d'un modèle national d'entretien : PEACE.

Le changement est doctrinal avant d'être technique. L'objectif d'un entretien n'est plus l'aveu ; c'est l'information exacte. Un entretien qui établit l'innocence de la personne est un entretien réussi.


L'acronyme

Lettre Phase Contenu
P Planning and Preparation Préparation, connaissance du dossier, objectifs, plan de divulgation
E Engage and Explain Établir le contact, expliquer le cadre, les droits, le déroulement
A Account Obtenir le récit, le clarifier, le contester si nécessaire
C Closure Clôturer, résumer, vérifier, expliquer la suite
E Evaluation Évaluer l'information obtenue et sa propre conduite

Phase P — Préparation

Souvent la plus déterminante, et la plus négligée.

Elle comprend :

  • la maîtrise complète du dossier et des éléments déjà détenus ;
  • la définition des objectifs d'information — que faut-il apprendre ;
  • le plan de divulgation : quelles preuves, à quel moment, dans quel ordre. C'est ici que s'articule la méthode SUE du chapitre 6 ;
  • la préparation de questions inattendues ;
  • l'organisation matérielle : lieu, durée, enregistrement, présence d'un avocat ou d'un adulte approprié.

L'aménagement de la pièce

PEACE recommande une disposition non confrontationnelle : pas de face-à-face strict, distance normale, pas de position dominante. C'est l'inverse de l'étape 5 de Reid, qui préconise la réduction délibérée de la distance.

Ce n'est pas de la courtoisie : c'est une décision technique. La pression dégrade la restitution mnésique et augmente la suggestibilité.


Phase E — Engagement et explication

Établir le contact, expliquer qui l'on est, pourquoi la personne est là, comment cela va se dérouler, quels sont ses droits, et que l'entretien est enregistré.

Le rapport

Le rapport (rapport building) est la composante la mieux documentée empiriquement du modèle. Les travaux du HIG et les revues systématiques convergent : les approches fondées sur le rapport produisent davantage d'information exacte et davantage de coopération que les approches confrontationnelles.1

Il ne s'agit pas de sympathie feinte. Les composantes identifiées sont :

  • l'attention manifeste — écoute, absence d'interruption ;
  • la positivité — absence d'hostilité, y compris devant une réponse déplaisante ;
  • la coordination — synchronisation du rythme, de l'énergie, du registre ;
  • l'autonomie — laisser à la personne du contrôle sur le déroulement.

Le dernier point est le moins intuitif et l'un des plus efficaces : donner des choix — sur l'ordre des sujets, sur le moment des pauses — augmente la coopération.

Ce que cela implique pour vous

Un enquêteur formé au rapport est sincèrement courtois, parce que la courtoisie est la technique. Sa gentillesse n'est pas une information sur sa position à votre égard, ni sur la solidité de son dossier.

C'est le point de vigilance central du chapitre Contrer un entretien hostile.


Phase A — Le récit

Le cœur de la méthode. Trois temps.

1. Récit libre

La personne raconte, sans interruption, aussi longtemps qu'elle le souhaite. L'enquêteur se tait, prend des notes, encourage minimalement.

Trois raisons techniques :

  • un récit non interrompu est plus exact — chaque interruption dégrade la restitution en cours ;
  • il n'est pas contaminé par les présupposés contenus dans les questions ;
  • il fixe une version, à laquelle tout le reste sera comparé.

Le troisième point est le plus important stratégiquement. Une fois le récit libre produit, il est très coûteux d'en changer.

2. Clarification et développement

Reprise du récit segment par segment, avec des questions ouvertes, du général au particulier.

La hiérarchie enseignée :

Type Exemple Qualité
Ouverte « Racontez-moi ce qui s'est passé ensuite. » Excellente
Sondage ouvert « Que pouvez-vous me dire de plus sur la voiture ? » Bonne
Fermée spécifique « De quelle couleur était la voiture ? » Acceptable, tardivement
Choix forcé « Elle était bleue ou rouge ? » Mauvaise
Suggestive « Elle était bleue, n'est-ce pas ? » À proscrire

Les deux dernières introduisent de l'information dans le récit. C'est le mécanisme de contamination décrit au chapitre précédent.

3. Contestation (challenge)

Seulement si nécessaire, et tardivement.

Confrontation des incohérences internes du récit et des divergences avec les preuves. Le ton reste non accusatoire : on demande une explication, on ne proclame pas un mensonge.

C'est ici que la préparation paie : l'ordre de divulgation a été planifié en phase P.


Phase C — Clôture

Résumé de ce qui a été dit, vérification par la personne, possibilité d'ajouter ou de corriger, explication de la suite.

Ce n'est pas une formalité. C'est le moment où des corrections apparaissent, et où l'on évite qu'un malentendu devienne une contradiction utilisée plus tard.


Phase E — Évaluation

Deux évaluations distinctes :

  • l'information : qu'a-t-on obtenu, que faut-il vérifier, quelles sont les actions d'enquête suivantes ;
  • la conduite de l'entretien : les questions étaient-elles ouvertes, a-t-on interrompu, a-t-on suggéré.

La seconde est ce qui manque le plus radicalement aux méthodes accusatoires. C'est aussi la seule manière de créer le retour d'information dont l'absence explique, au chapitre Les chiffres de la détection, que l'expérience n'améliore pas la performance.


Ce que PEACE interdit

  • présupposer la culpabilité ;
  • affirmer une certitude qu'on n'a pas ;
  • promettre une clémence ;
  • exagérer les preuves détenues ;
  • interrompre les dénégations ;
  • poser des questions suggestives ;
  • prolonger l'entretien au-delà du raisonnable ;
  • utiliser un tri comportemental pour décider d'accuser.

Efficacité

Les revues systématiques donnent un tableau nuancé.

Ce qui est établi : les approches de recueil d'information produisent davantage d'information exacte, augmentent les aveux véridiques, et réduisent les faux aveux par rapport aux approches accusatoires.1

Ce qui est plus discuté : la qualité de mise en œuvre sur le terrain. Les audits d'entretiens réels montrent régulièrement que les questions ouvertes sont moins employées que le modèle ne le prescrit, et que le récit libre est fréquemment interrompu. L'écart entre le modèle et la pratique est un thème récurrent de la littérature.

Le point contre-intuitif

PEACE n'est pas « une méthode douce ». C'est une méthode plus efficace pour obtenir de l'information — y compris de l'information incriminante.

Ce qu'elle abandonne, c'est l'aveu arraché. Ce qu'elle gagne, c'est un récit long, détaillé et confrontable, produit volontairement par une personne qui ne sait pas ce que vous détenez.


À retenir

L'essentiel de ce chapitre

  • PEACE : Préparation, Engagement/Explication, Account (récit), Clôture, Évaluation. Cadre national britannique depuis les années 1990.
  • L'objectif est l'information, pas l'aveu. Établir une innocence est un succès.
  • Le récit libre non interrompu est central : plus exact, non contaminé, et il fixe une version.
  • Hiérarchie des questions : ouvertes d'abord, suggestives jamais.
  • Le rapport est la composante la mieux validée. Un enquêteur formé est sincèrement courtois — sa courtoisie est la technique.
  • La phase Évaluation crée le retour d'information qui manque partout ailleurs.
  • PEACE n'est pas plus douce : elle est plus efficace.

Chapitre suivant : Approche cognitive