Ce qu'est une IP résidentielle¶
Le mot « résidentiel » est utilisé par le marché des proxys pour désigner au moins quatre produits techniquement différents, dont deux seulement méritent l'appellation. Comme MystNodes paie en fonction de cette classification, il faut savoir exactement ce que chaque terme recouvre.
Il n'existe pas de registre officiel des IP résidentielles¶
Premier point contre-intuitif : aucune autorité ne décrète qu'une adresse est résidentielle. Les registres régionaux (RIPE, ARIN…) attribuent des blocs d'adresses à des organisations ; ils n'attribuent pas de catégorie d'usage.
La classification est donc une estimation commerciale produite par des sociétés de géolocalisation IP — MaxMind, IPinfo, IP2Location, ipgeolocation.io et quelques autres — à partir de trois familles d'indices :
- À qui appartient le bloc. Une adresse enregistrée à un opérateur télécom grand public est présumée résidentielle ; une adresse enregistrée à un hébergeur est présumée datacenter. C'est l'indice de l'ASN (Autonomous System Number, l'identifiant du réseau qui annonce le bloc).
- Ce que l'opérateur déclare lui-même, via un geofeed (RFC 8805) : un fichier CSV publié à une URL référencée dans le WHOIS, qui associe à chaque sous-bloc un pays, une région, et parfois un type d'usage.
- Ce qu'on observe en sondant le réseau. Latence, temps de réponse, présence de services d'hébergement, apparition de l'adresse dans des pools de proxys commerciaux.
Intuition
« Résidentiel » n'est pas une propriété de l'adresse. C'est une opinion que des bases de données ont à son sujet, révisée en continu. Deux bases peuvent être en désaccord sur la même adresse, et c'est courant.
Les quatre catégories du marché¶
| Catégorie | Ce que c'est vraiment | Où vit la machine |
|---|---|---|
| Datacenter | Bloc annoncé par un hébergeur | Datacenter |
| ISP / statique résidentielle | Bloc loué à un opérateur télécom mais routé vers un datacenter | Datacenter |
| Résidentielle authentique | Adresse assignée à un abonné réel par son opérateur | Domicile |
| Mobile | Adresse d'un opérateur mobile, partagée par CGNAT | Réseau mobile |
La deuxième ligne est celle qui compte, parce que c'est elle qu'on achète pour 1 à 4 $ et qu'elle est vendue sous le nom de « static residential ».
Le cas des IP « ISP » : le compromis du marché¶
Une IP dite ISP est une adresse dont la propriété administrative est celle d'un fournisseur d'accès grand public — les fournisseurs de proxys citent AT&T, Windstream ou Frontier (Proxy-Seller) — mais dont le trafic sort matériellement d'un serveur en datacenter.
Le résultat est hybride :
- Vu de l'ASN, l'adresse ressemble à une ligne domestique. Les systèmes anti-fraude qui se contentent de regarder le propriétaire du bloc la laissent passer. C'est exactement ce que les acheteurs de proxys paient.
- Vu de la latence et du comportement, elle est en datacenter : débit symétrique très élevé, disponibilité parfaite, aucune variation jour/nuit — un profil qu'aucune ligne domestique ne présente.
Erreur fréquente
« Static residential » ne veut pas dire « chez un particulier ». Cela veut dire « enregistrée au nom d'un opérateur grand public ». La différence est invisible pour un site web ordinaire, et parfaitement visible pour un réseau comme Mysterium qui mesure lui-même la qualité de la connexion et connaît la localisation déclarée de l'opérateur du node.
Ce qu'on peut légitimement déclarer soi-même¶
Un opérateur qui détient ou loue un bloc IPv4 peut publier un geofeed et le faire consommer par les bases. MaxMind consomme les geofeeds RFC 8805 et RFC 9632, et son programme GeoIP Exchange permet à un opérateur réseau de publier non seulement la géolocalisation mais aussi les données d'ISP et de type d'utilisateur de ses blocs (MaxMind).
Le circuit est le suivant : le robot du fournisseur de géolocalisation lit le
WHOIS du bloc, y trouve l'attribut geofeed: ou une ligne remarks:, récupère
le CSV en HTTPS, valide chaque ligne, et vérifie que le déclarant détient
bien le préfixe annoncé. Les feeds sont revérifiés à une cadence
quotidienne à hebdomadaire
(ipgeolocation.io, guide geofeed).
C'est la base technique de la piste explorée en partie 2 : louer un bloc et le déclarer résidentiel. Elle est légitime — le mécanisme existe précisément pour que les opérateurs corrigent des données fausses — mais elle a une limite, exposée juste en dessous.
Pourquoi la détection s'est durcie en 2025-2026¶
La déclaration ne fait pas tout, parce que les fournisseurs de géolocalisation ne se contentent plus de lire des déclarations. IPinfo a lancé en juillet 2025 une base dédiée à la détection de proxys résidentiels, alimentée par mesure active et non par déclaration (communiqué).
Chaque adresse y est enrichie de quatre attributs :
| Attribut | Ce qu'il dit |
|---|---|
| Nom du réseau de proxy | Quel opérateur commercialise cette IP |
| Horodatage de dernière observation | Quand elle a été vue active comme proxy |
| Score de persistance | Part des jours de la fenêtre d'observation où l'IP a été vue dans un réseau de proxy |
| Indicateur mobile | Si l'adresse appartient à un opérateur mobile |
La base est vérifiée quotidiennement (IPinfo).
Conséquence directe pour l'arbitrage envisagé
Une IP achetée chez un vendeur de proxys est, par construction, déjà présente dans ces bases avec un score de persistance élevé : c'est son métier d'être un proxy, et elle est observée comme tel tous les jours.
Acheter une IP ISP pour la présenter à Mysterium comme résidentielle revient donc à présenter une adresse qui figure au catalogue public d'un concurrent du réseau. Il n'y a rien d'illégal là-dedans, mais rien ne garantit qu'elle sera valorisée au tarif résidentiel — et l'hypothèse prudente est qu'elle ne le sera pas.
Le cas particulier des IP mobiles¶
Les adresses d'opérateurs mobiles sont les plus difficiles à obtenir et les mieux valorisées sur le marché des proxys, pour deux raisons : elles sont partagées entre des milliers d'abonnés réels par CGNAT (Carrier-Grade NAT), ce qui les rend impossibles à bannir sans faire des dégâts collatéraux, et elles changent régulièrement.
Ces mêmes propriétés en font un mauvais support pour un node :
- Le CGNAT signifie qu'il n'y a pas d'adresse publique dédiée. Or MystNodes exige une IP publique par node.
- L'adresse change, ce qui casse la continuité de la réputation du node.
- Les forfaits « illimités » mobiles sont presque tous soumis à une politique d'usage raisonnable qui réduit fortement le débit au-delà d'un seuil.
Résumé de la grille de tri¶
Pour qu'une adresse soit exploitable par un MystNode rentable, elle doit cumuler quatre propriétés :
- Être classée résidentielle par les bases que le réseau consulte.
- Ne pas être déjà cataloguée comme proxy commercial.
- Accepter des connexions entrantes (chapitre suivant).
- Supporter 50 à 375 Go/mois sans étranglement.
Aucun segment du marché ne coche les quatre cases sous 8,50 $/mois. La partie 2 le vérifie segment par segment.
Suite : Ce qu'un node exige du réseau