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Partie VI — Le jeu des migrations DAMM v2

Approfondissement de la stratégie repérée au chapitre 06 des stratégies.


La stratégie en une page

Un token se lance sur une courbe de liaison (DBC). Quand assez de capital y est entré, il migre automatiquement vers un pool DAMM v2. À cet instant, trois choses coïncident :

  1. Le volume d'échange est à son maximum de tout le cycle de vie du token.
  2. Le frais du pool est à son maximum, parce qu'il démarre haut et décroît selon un calendrier programmé.
  3. Le pool vient d'apparaître : la liquidité concurrente est minimale.

La stratégie consiste à entrer dans les heures qui suivent la migration, encaisser les frais pendant la fenêtre chaude, et sortir avant que le volume ne s'éteigne.

@naoj la résume en une ligne :

« DAMM v2 — be early, let it cook, exit on strength. Why early matters : with DAMM v2 you buy the token and supply SOL. Fees decay with time as momentum spreads out. The earlier you're in before a pump, the more the pool routes through you. »

Pourquoi elle est effectivement « clean »

Votre intuition est correcte sur trois points, et ils sont vérifiables.

1. Le signal est objectif et interrogeable par API

Contrairement au screening de memecoins, qui repose sur du jugement, ici le déclencheur est un événement on-chain daté : la création du pool.

Il est exposé par une API publique, sans authentification : GET https://damm-v2.datapi.meteora.ag/pools, triable par pool_created_at:desc. Une requête suffit à lister les pools de la journée. Détail au chapitre détection.

2. Il n'y a pas de plage à gérer

L'immense majorité des pools migrés sont en full range. Aucun bin, aucune sortie de plage, aucune surveillance horaire. Vous déposez, vous encaissez, vous retirez.

3. Le frais élevé est garanti par construction, pas espéré

Le frais de base des pools migrés se situe massivement entre 1 % et 4 % (contre 0,01–0,3 % sur une paire classique), et il décroît selon un calendrier écrit dans le pool. Ce n'est pas une anticipation de marché : c'est un paramètre lisible.

Bonus mesuré : la majorité des pools versent les frais en token de cotation uniquement — vous encaissez en SOL ou USDC, pas dans le memecoin.

Et pourquoi elle ne l'est pas autant qu'elle en a l'air

Trois problèmes que les fils X ne mentionnent pas

Entrer, c'est acheter le token. DAMM v2 impose de déposer les deux tokens. Vous ne pouvez pas faire du mono-actif comme sur le DLMM. Votre perte maximale n'est donc pas bornée : elle est de 100 %.

La fenêtre est courte et le taux de déchet est énorme. Sur un échantillon de 819 pools relevé le 30 juillet 2026, 51 % des pools de plus de 30 jours n'ont fait aucun volume sur 24 h. Le rendement médian passe de ~1 %/jour la première semaine à 0,000 %/jour après un mois.

Le flux exploitable est mince. Sur 124 185 pools DAMM v2 existants, seuls 2 521 dépassent 3 000 $ de TVL — soit 2 %. Et environ 23 sont âgés de moins de 7 jours. C'est le vrai carnet de commandes : quelques unités par jour, pas des centaines.

Le chiffre qui résume tout

Rendement mesuré (frais sur 24 h rapportés à la TVL), par âge du pool, sur 819 pools de plus de 3 000 $ de TVL, le 30 juillet 2026 :

Âge du pool n Médiane 90ᵉ centile Part > 2 %/jour Volume 24 h nul
< 24 h 6 0,93 %/j 13,2 %/j 33 % 0 %
1–7 jours 17 1,09 %/j 17,7 %/j 29 % 6 %
7–30 jours 71 0,038 %/j 1,11 %/j 7 % 17 %
> 30 jours 725 0,000 %/j 0,09 %/j 1 % 51 %

Lecture

La décroissance est brutale et monotone : d'environ 1 %/jour la première semaine à zéro après un mois. Un facteur ~30 en une semaine.

C'est la validation empirique de « be early ». C'est aussi la preuve que la stratégie n'a aucun sens en dehors de la première semaine.

Limites de cette mesure

Instantané unique du 30 juillet 2026, un seul point dans le temps. Les deux premiers seaux ont un effectif faible (6 et 17). La tendance est monotone, large et cohérente avec la mécanique documentée des fee schedulers — mais elle n'est pas une distribution de rendement futur.

Elle mesure le rendement brut avant perte divergente, qui est le poste de coût dominant sur ce type d'actif.

Verdict

Question Réponse
Facile à détecter ? Oui, une requête API suffit
Facile à entrer ? Oui, pas de plage à paramétrer
Facile à exploiter ? Partiellement — la fenêtre est de quelques jours
Automatisable ? La détection oui, l'exécution partiellement, la décision non
Risque bornable avant l'entrée ? Non — dépôt bilatéral obligatoire

Chapitre 7 : la stratégie a été corrigée

Les chapitres 5 et 6 mesuraient un LP qui rejoint un pool migré et le tient plusieurs jours. Le fil intégral de @skolmbeagh décrit autre chose : créer un pool à 50 % de frais décroissants, en détenir la quasi-totalité, et le tenir 45 minutes.

Mesurée correctement, la stratégie rapporte +19,5 % sur la semaine, avec une position médiane qui ne perd que le loyer de création du pool (0,90 $). Voir chapitre 7.

Le backtest des chapitres 5 et 6 (autre stratégie)

La simulation sur 7 jours applique ces règles à toutes les migrations du 23 au 30 juillet 2026.

Résultat avec les seuils recommandés : +0,8 % sur le capital engagé, 2 gagnantes sur 9 — et −27,6 % si l'on retire la seule position qui a fait ×9,5. Sur 15 combinaisons de paramètres testées, aucune n'a un PnL médian positif.

Le token médian perd 47 % en 72 heures. Les frais rapportent 11,3 % du capital en une semaine — un excellent chiffre — et ne suffisent pas.

La variante à entrée immédiate corrige le défaut de lenteur — multiple de prix médian ×1,01 au lieu de ×0,53 — mais coûte −20,9 % une fois comptés les 683 pools morts qu'il faut acheter pour attraper les 29 vivants.

La conclusion honnête

Ce n'est pas une stratégie plus sûre que le DLMM. C'est une stratégie plus simple à exécuter et plus risquée par unité de capital.

Elle échoue au filtre 3 de la méthode de sélection — le risque maximal n'est pas calculable avant l'entrée.

Le montage qui la rend jouable est celui de @skolmbeagh : beaucoup de très petites positions (0,4 SOL en moyenne) plutôt que quelques grosses. C'est une stratégie de portefeuille, pas de conviction.

Chapitres

  1. DBC, migration et verrous — comment un token passe de la courbe au pool, qui déclenche, ce qui est verrouillé, et ce que cela implique pour votre part des frais.

  2. Les cinq modes de frais — time scheduler linéaire et exponentiel, market cap scheduler, rate limiter, frais dynamique, et le mode de collecte. Les formules et ce qu'elles impliquent sur le timing d'entrée.

  3. Détection et économie réelle — l'API, la requête de screening complète, les seuils, et les mesures effectuées sur 819 pools.

  4. Exécution, automatisation et risques — comment entrer et sortir, ce qui est réellement automatisable, le SDK, et l'inventaire des façons de perdre.

  5. Simulation sur 7 jours — le backtest complet sur les 6 741 migrations du 23 au 30 juillet 2026, position par position, avec balayage de 15 jeux de paramètres. Résultat : aucun n'a un PnL médian positif.

  6. Variante : entrée à la minute 1 — et si on entrait dès la création du pool, en n'attendant aucune confirmation de volume ? Chaque position s'améliore nettement, le portefeuille s'effondre : −20,9 % une fois comptés les 96 % de pools morts. Le proxy « volume de la courbe » y est testé et éliminé.

  7. La vraie stratégie : le pool MEV à 50 % — à lire en priorité. Le fil intégral de @skolmbeagh décrit tout autre chose : créer un pool à 50 % de frais décroissants, en détenir la quasi-totalité, et le tenir 45 minutes. Mesuré sur 151 pools : +19,5 %, et +118,6 % avec un filtre de qualité. Les chapitres 5 et 6 mesuraient une stratégie voisine mais différente.