03 · Stratégie 2 — Imbalances empilées¶
L'inverse de l'absorption : au lieu de parier sur l'échec de l'agressivité, on parie sur sa continuation.
L'idée¶
Quand plusieurs niveaux de prix consécutifs montrent une agressivité fortement unilatérale, le mouvement en cours dispose d'un carburant réel. Ce n'est pas un prix qui dérive faute de vendeurs : c'est un prix poussé par des achats successifs et payants.
Intuition
Chaque tick monté a coûté cher aux acheteurs, à chaque niveau, sans interruption. Un acteur qui accepte de payer trois fois le prix demandé en trois ticks consécutifs a soit une contrainte d'exécution (il doit acheter), soit une conviction. Dans les deux cas, il n'a probablement pas fini.
Spécification complète¶
Couche 1 — Régime¶
L'exact opposé de l'absorption :
| Condition | Valeur de départ |
|---|---|
| Créneau horaire | 15 h 30 – 18 h 00 (heure de Paris) |
| Ratio d'efficience sur 30 barres | ≥ 0,55 (marché directionnel) |
| Volume relatif | ≥ 1,0 × médiane du créneau |
| Volatilité réalisée | ≥ médiane sur 20 séances |
Les deux stratégies ne doivent jamais tourner ensemble sans filtre
Absorption et imbalances empilées sont contradictoires par construction. Sans filtre de régime, elles se déclencheront en sens opposé sur les mêmes barres, et votre P&L sera la somme de deux commissions. Le filtre de régime n'est pas un raffinement : c'est ce qui rend le portefeuille cohérent.
Couche 2 — Zone¶
Contrairement à l'absorption, la zone n'est pas un niveau de retournement mais un point de rupture :
- cassure d'un plus haut/bas de séance ou de la veille ;
- sortie de la value area ;
- cassure d'une consolidation d'au moins 15 minutes.
Le signal est recevable dans les 5 minutes suivant la rupture.
Couche 3 — Déclencheur¶
Une pile d'imbalances au sens du chapitre Imbalance, absorption, épuisement :
| Paramètre | Valeur de départ | Sensibilité |
|---|---|---|
| \(n\) (hauteur de la pile) | 3 ticks | forte |
| \(R\) (ratio) | 3,0 | moyenne |
| \(V_{\min}\) | 70ᵉ percentile du volume par case, même créneau | forte |
Condition additionnelle : la pile doit se situer dans la moitié supérieure de la barre pour un signal long (moitié inférieure pour un short). Une pile acheteuse au bas d'une barre baissière est un rebond technique, pas une continuation.
Le paramètre \(n\) est le plus dangereux
Passer de \(n = 3\) à \(n = 4\) divise typiquement la fréquence des signaux par trois ou quatre. Il devient alors très facile d'obtenir un backtest magnifique sur 30 trades — et parfaitement dénué de signification statistique.
Fixez \(n = 3\), ne l'optimisez pas, et jugez la stratégie sur au moins 200 signaux.
Couche 4 — Exécution¶
Deux options, à mesurer :
| Option | Description | Compromis |
|---|---|---|
| Immédiate | Entrée au marché à la clôture de la barre | Meilleur taux d'exécution, moins bon prix |
| Sur repli | Ordre limité au niveau bas de la pile, expiration 60 s | Meilleur prix, ~40 % de signaux manqués |
L'option « sur repli » est intellectuellement séduisante et statistiquement piégeuse : les signaux manqués sont majoritairement les meilleurs, ceux qui sont partis sans jamais revenir. Mesurez les deux, et méfiez-vous d'un backtest qui suppose que tous les ordres limités auraient été exécutés.
Couche 5 — Sortie¶
| Sortie | Valeur de départ |
|---|---|
| Stop | 2 ticks sous la base de la pile |
| Cible 1 (50 % de la position) | 1,0 × la hauteur du stop |
| Cible 2 (reste) | 2,5 × la hauteur du stop, ou trailing |
| Temps maximal | 5 minutes |
Pourquoi une sortie en deux temps ici et pas sur l'absorption
La distribution des résultats diffère. L'absorption produit un retour vers une cible identifiable (le VWAP) : cible unique. La continuation produit une distribution à queue épaisse — beaucoup de petits mouvements, quelques grands. Sortir une partie tôt sécurise l'espérance, laisser courir le reste capte la queue.
C'est un choix guidé par la forme de la distribution, pas par le confort psychologique.
Couche 6 — Risque¶
- Maximum 1 entrée par rupture.
- Pas de nouvelle entrée dans le même sens si la précédente a été stoppée.
- Arrêt de la stratégie si le ratio d'efficience repasse sous 0,45.
Le principal mode d'échec¶
La pile d'imbalances est un motif de fin de mouvement aussi souvent que de début. C'est le paradoxe central de cette stratégie : l'agressivité maximale se produit fréquemment au moment où le mouvement est le plus avancé — c'est-à-dire au pire moment pour entrer.
Trois défenses, par ordre d'efficacité mesurée usuellement :
- Le filtre de rupture (couche 2) : n'accepter le signal que peu après une cassure, donc tôt dans le mouvement.
- Le filtre d'extension : refuser le signal si le prix est déjà à plus de \(k\) écarts-types du VWAP.
- Le filtre d'épuisement : refuser si la case terminale montre un volume anormalement faible (cf. épuisement).
Sans ces filtres, la stratégie achète les sommets
Un bot qui se déclenche sur toute pile d'imbalances, sans filtre d'extension, produit mécaniquement un profil « beaucoup de petits gains, quelques pertes énormes » — parce qu'il entre systématiquement dans les derniers ticks des mouvements. Le taux de réussite paraît excellent et l'espérance est négative. C'est le mode d'échec le plus trompeur du rapport.
Ce qu'il faut mesurer¶
| Mesure | Seuil d'intérêt |
|---|---|
| Fréquence | 3 à 10 par séance |
| MFE médiane à 5 min | ≥ 8 ticks |
| Proportion de signaux en fin de mouvement | À quantifier via l'extension au VWAP |
| Effet du filtre de rupture | Comparer avec et sans : l'écart doit être net |
| Effet de \(n=3\) vs \(n=4\) | Si \(n=4\) est bien meilleur, suspectez le surajustement |
Résumé¶
- Stratégie de continuation : exige un régime directionnel, à l'opposé de l'absorption.
- Déclencheur : 3 imbalances consécutives de même sens, ratio 3, plancher de volume relatif.
- Recevable seulement peu après une rupture.
- Sortie en deux temps, adaptée à une distribution à queue épaisse.
- Le mode d'échec principal est l'entrée en fin de mouvement : filtres de rupture, d'extension et d'épuisement obligatoires.
Chapitre précédent : Absorption au niveau · Chapitre suivant : Sweep et reprise de liquidité