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Comment MystNodes paie

Toute la suite du rapport dépend d'un seul nombre : combien rapporte une IP, et en échange de quoi. Ce chapitre l'établit à partir des documents publiés par l'opérateur.

Le principe : on vend du trafic, pas une présence

Mysterium est un réseau de VPN décentralisé. Un utilisateur paie pour faire sortir son trafic par la connexion de quelqu'un d'autre ; ce quelqu'un d'autre — le node runner — est payé pour cela.

Intuition

Un node n'est pas rémunéré parce qu'il existe, mais parce qu'il transporte des octets. Une IP branchée mais que personne ne choisit ne rapporte rien. C'est la différence fondamentale avec un staking : il n'y a pas de rendement garanti, il y a un chiffre d'affaires.

Le barème au gigaoctet

Le barème publié est de 0,04 à 0,30 $ par gigaoctet, la position dans la fourchette dépendant du type de service consommé par le client : trafic VPN ordinaire, diffusion de flux, accès web public, ou collecte de données (MystNodes, How Much Can You Earn Sharing Bandwidth in 2026).

L'opérateur publie également trois scénarios de revenu mensuel :

Profil Revenu mensuel annoncé
Portable allumé quelques heures par jour 2 à 8 $
Node domestique dédié, allumé 24/7 8 à 25 $
Plusieurs machines toujours allumées 25 à 100 $ et plus

Le point de départ de ce rapport — 15 $/mois observés sur une ligne résidentielle — tombe au milieu de la deuxième ligne. Le chiffre est donc crédible et représentatif, ni exceptionnel ni sous-performant.

La commission de 20 %

Une commission de service de 20 % est prélevée sur les gains du node à chaque règlement (centre d'aide MystNodes). Une source tierce ayant acheté du service sur le réseau retrouve un ordre de grandeur cohérent : environ 20 % de ce que paie le client n'atteint pas l'opérateur du node (State of Surveillance).

Erreur fréquente

Les 15 $ affichés sur le tableau de bord sont un montant brut. Ce qui arrive réellement dans le portefeuille est de l'ordre de 12 $. Toute comparaison avec un coût d'IP doit se faire sur le net, sinon on surestime le budget disponible de 25 %.

Le prix n'est pas fixe : il est calculé par un algorithme

La documentation décrit une tarification dynamique :

\[ \text{Prix} = \text{Prix de base} \times \text{Coefficient de charge} \]

où le prix de base dépend de trois facteurs — la localisation, la qualité du node, et le type d'IP (résidentielle ou non) — et où le coefficient de charge traduit le rapport offre/demande dans la région concernée. Quand les nodes se raréfient dans un pays, le prix monte ; quand ils abondent, il baisse (documentation Mysterium, FAQ).

Deux conséquences directes pour ce rapport :

  1. Le type d'IP entre explicitement dans le prix. La documentation est sans ambiguïté : « les IP résidentielles ont plus de valeur que les IP de datacenter, elles coûtent donc plus cher et génèrent plus de revenu ». Une IP mal classée ne rapporte pas 15 $ ; elle rapporte une fraction de 15 $.
  2. Ajouter des nodes fait baisser le prix. Le coefficient de charge pénalise mécaniquement la saturation. Un opérateur qui ajouterait vingt nodes dans le même pays dégraderait le prix de base de tous les autres — y compris les siens.

Le barème par pays, à titre indicatif

Mysterium a publié en juin 2023 un classement des gains moyens sur 30 jours dans les vingt premiers pays :

Pays Gain moyen 30 j Pays Gain moyen 30 j
France 37,96 $ Italie 17,28 $
Danemark 33,64 $ Suisse 17,02 $
États-Unis 26,14 $ Canada 16,49 $
Singapour 21,03 $ Royaume-Uni 15,11 $
Suède 19,21 $ Inde 13,91 $
Autriche 18,72 $ Espagne 12,98 $
Roumanie 18,41 $ Brésil 12,36 $
Mexique 17,87 $ Allemagne 10,47 $
Australie 17,64 $ Pays-Bas 8,17 $
Philippines 6,74 $
Indonésie 5,37 $

Source : compte officiel Mysterium Network, juin 2023.

Données de 2023 — à ne pas utiliser comme prévision

Ce tableau a plus de trois ans et le réseau a beaucoup grossi depuis. Il est reproduit pour une seule raison : montrer que l'écart entre pays dépasse un facteur 7, ce qui rend le choix du pays plus déterminant que le prix de l'IP. Chercher une IP à 1 $ en Indonésie est une mauvaise optimisation ; le pays y vaut 5 $, pas 15 $.

Noter aussi le paradoxe des Pays-Bas, à 8,17 $ : c'est un pays riche, mais saturé de nodes parce que c'est là que se trouvent les datacenters européens bon marché. Le coefficient de charge y a fait son travail.

Le second circuit : le système de points

En complément du paiement au gigaoctet, MystNodes a lancé un système de récompenses par points, échangés mensuellement contre des jetons MYST prélevés sur une cagnotte commune (centre d'aide).

Les points s'accumulent de trois façons :

Source de points Condition
Détention de jetons Au moins 100 MYST détenus
Trafic transporté Proportionnel au volume
Disponibilité Node en ligne au moins 14 h/jour ; 24/7 maximise

Trois caractéristiques comptent pour notre calcul :

  • Il n'y a pas de taux fixe points → MYST. La valeur d'un point dépend de la taille de la cagnotte et du nombre de participants ce mois-là. Ce revenu n'est donc pas modélisable à l'avance.
  • Les récompenses non réclamées sous 30 jours sont perdues et retournent à la cagnotte. Un parc de nodes exige donc une intervention mensuelle.
  • Le mécanisme est dilutif. Chaque node supplémentaire ajouté par n'importe qui dans le monde réduit la part de tous les autres. C'est l'inverse d'un revenu qui se multiplie par le nombre d'IP.

À retenir

Le revenu d'un node a deux composantes : une part marchande (0,04–0,30 $/Go, moins 20 %) qui est proportionnelle au trafic réellement vendu, et une part de cagnotte qui est partagée entre tous les participants. Seule la première se multiplie quand on ajoute des IP.

Une IP publique, un node

Le centre d'aide est explicite : on ne peut faire tourner qu'un seul MystNode par IP publique. Tenter d'en lancer plusieurs derrière la même adresse ne fonctionne pas, dégrade la stabilité, et les nodes surnuméraires ne gagnent rien (centre d'aide).

C'est ce qui fait de l'adresse IP — et non de la machine — la ressource rare, et c'est toute la raison d'être de ce rapport.

Notons au passage la règle voisine du système de parrainage : l'IP d'un filleul doit être résidentielle, aucune IP de datacenter n'est récompensée (centre d'aide). Le réseau dispose donc bien d'un mécanisme opérationnel de classification des IP, et il s'en sert pour refuser des paiements.

Le calcul qui structure tout le rapport

Rassemblons. Pour encaisser 15 $ bruts par mois :

\[ V = \frac{R}{p} \]

où \(V\) est le volume mensuel en gigaoctets, \(R = 15\) $ le revenu brut visé, et \(p\) le prix moyen au gigaoctet effectivement obtenu.

Prix au Go Volume mensuel nécessaire
0,30 $ (meilleur cas) 50 Go
0,17 $ (milieu de fourchette) 88 Go
0,04 $ (pire cas) 375 Go

À retenir

Un node à 15 $/mois écoule entre 50 et 375 Go par mois, avec une médiane autour de 88 Go. Retenir ce chiffre : il élimine à lui seul une grande partie des offres « illimitées » du marché des proxys, dont les plafonds réels tombent exactement dans cette fourchette (voir proxys ISP statiques).


Suite : Ce qu'est une IP résidentielle